Les procès de sorcières sont-ils surtout médiévaux ?
Les procès de sorcières sont-ils surtout médiévaux ?
Non. Les grandes vagues de procès pour sorcellerie se déroulent surtout à l’époque moderne, entre la fin du XVIe et le XVIIe siècle, avec des différences importantes selon les régions. Elles touchent notamment des territoires du Saint-Empire, la Suisse, la France, les Pays-Bas, l’Écosse et certaines régions scandinaves. Les estimations varient, mais plusieurs dizaines de milliers de personnes furent poursuivies en Europe, et une part importante d’entre elles furent exécutées.
Le Moyen Âge a toutefois contribué à former le cadre intellectuel et judiciaire de ces persécutions. Pendant une longue période, les autorités chrétiennes distinguèrent les croyances populaires, les pratiques magiques et l’hérésie organisée. La sorcellerie n’était pas toujours considérée comme une réalité criminelle autonome : les tribunaux pouvaient plutôt poursuivre des actes précis, comme l’empoisonnement, la divination ou les maléfices. À partir de la fin du Moyen Âge, certains théologiens et magistrats développèrent l’idée d’un complot de sorciers alliés au démon, ce qui favorisa une répression plus systématique.
Des affaires existent donc au Moyen Âge, surtout à partir du XIVe et du XVe siècle, mais elles restent généralement moins nombreuses que celles de la période moderne. La bulle pontificale de 1484 et les traités démonologiques imprimés à la fin du XVe siècle appartiennent à cette phase de transition : ils renforcent certaines conceptions de la sorcellerie sans déclencher à eux seuls les persécutions ultérieures. L’image de « chasses aux sorcières médiévales » est ainsi en partie une projection rétrospective sur un phénomène dont l’apogée est surtout postérieure au Moyen Âge.

