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Famille Querini

Les Querini, également appelés Quirino, forment une ancienne famille patricienne de Venise. Leur origine demeure incertaine : une tradition les rattache à Eraclea ou à Cittanova, avant une installation à Torcello, puis au Rialto. Ces indications ne permettent pas d’établir une filiation continue pour les premiers siècles, mais la famille est attestée comme riche et influente à Venise dès la fin du XIIIe siècle.

Une famille du patriciat vénitien

La puissance des Querini reposait notamment sur le commerce, en particulier sur les échanges avec l’Orient, ainsi que sur l’accumulation de propriétés dans les territoires de la terre ferme. Au cours du Moyen Âge, la famille se divisa en plusieurs branches. Celle établie dans la paroisse de Santa Maria Formosa fut surnommée « des lys », en raison des fleurs de lis figurant sur ses armes. Une autre branche prit le nom de Querini Stampalia après l’acquisition de l’île de Stampalia, dans les Cyclades, par Zuanne Querini en 1413.

Les Querini fournirent à la République de Venise des procurateurs de Saint-Marc, des ambassadeurs, des commandants militaires et plusieurs prélats. Leur rang social et leur richesse les plaçaient parmi les principales maisons du patriciat vénitien. Ils ne donnèrent toutefois aucun doge à la République.

La conjuration de 1310

L’absence de doge dans la famille est traditionnellement mise en relation avec la participation de plusieurs Querini à la conjuration conduite en 1310 par Bajamonte Tiepolo contre le doge Pietro Gradenigo. Le mouvement fut vaincu. Les membres de la famille impliqués furent contraints à l’exil et leurs descendants furent exclus de manière durable de l’accès au dogat. Cet épisode marqua profondément la place politique des Querini, sans mettre fin à leur influence dans l’administration, la diplomatie ou l’armée.

Marco di Balduino Querini, capitaine général et procurateur de Saint-Marc, figure parmi les protagonistes associés à cette crise. Il avait concouru au dogat avec Pietro Gradenigo et fut tué sur la place Saint-Marc au cours de la conjuration, dont Bajamonte Tiepolo était le chef et le gendre de Marco. En revanche, la famille conserva une présence à la cour ducale par l’intermédiaire d’Elisabetta Querini, épouse du doge Silvestro Valier et dogaressa de Venise.

Fonctions militaires, coloniales et ecclésiastiques

Les Querini exercèrent des responsabilités dans l’expansion et la défense de l’espace vénitien. Paolo Querini aurait remis l’île de Candie aux Vénitiens en 1213 et en aurait reçu le gouvernement avec le titre de vice-duc ; Pietro Querini est également mentionné comme duc de Candie en 1216. Leonardo Querini, commandant de flotte sous le doge Giacomo Tiepolo, participa aux opérations contre les Grecs et fut ensuite nommé procurateur de Saint-Marc. Oddone Querini prit part à la quatrième croisade, tandis que Boezio Querini commanda les forces vénitiennes contre les Génois en 1354.

La famille donna aussi des dignitaires de l’Église. Francesco Querini, patriarche de Grado, fut canonisé en 1368 à la demande du Sénat vénitien ; Lorenzo Querini lui succéda sur ce siège. Ces carrières illustrent la diversité des voies d’ascension des grandes maisons vénitiennes, entre service militaire, gouvernement colonial, magistratures républicaines et charges ecclésiastiques.

Branches, biens et mémoire familiale

La branche de Stampalia conserva une place importante dans l’histoire de la maison. Pietro Querini, navigateur vénitien, effectua en 1431-1432 un voyage jusqu’aux îles Lofoten. Son récit contribua à faire connaître à Venise les régions septentrionales et leurs possibilités commerciales, même si cette expédition ne se traduisit pas par une implantation durable de la famille dans ces contrées.

Les différentes branches se distinguaient aussi par leurs armes. La branche dite des lys portait notamment une fasce d’azur chargée de trois fleurs de lis d’or ; d’autres rameaux arboraient des étoiles, parfois associées à des partitions de gueules et d’azur. Ces variantes héraldiques témoignent de la fragmentation de la maison, mais ne suffisent pas à elles seules à établir les liens généalogiques entre tous ses membres.

La continuité de la famille est surtout connue par son patrimoine vénitien et par les institutions qui en conservèrent la mémoire. À l’époque contemporaine, le dernier descendant Giovanni Querini Stampalia légua les biens familiaux à une fondation établie à Venise ; cette transmission explique la conservation du palais et de nombreuses œuvres associées à la maison. Elle appartient toutefois à l’histoire postérieure à la période médiévale.

Auteur/autrice

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