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Famille Savelli

Origines et implantation romaine

Les Savelli, appelés de Sabellis dans plusieurs documents médiévaux, forment l’une des grandes familles aristocratiques de Rome. Leur puissance repose sur une implantation ancienne dans le Latium, notamment autour de Palombara Sabina. Le nom familial est traditionnellement rattaché au château de Sabellum, situé près d’Albe. Ce site, auparavant associé aux comtes de Tusculum, aurait été cédé aux Savelli et constitua l’un des points d’appui territoriaux de leur ascension.

Les généalogies élaborées à la Renaissance ont voulu rattacher la famille au pape Benoît II et même à la gens antique des Sabellius. Ces filiations prestigieuses ne sont toutefois pas établies par les témoignages médiévaux conservés. L’origine précise de la lignée doit donc être distinguée de la réalité, mieux attestée, de son enracinement dans l’aristocratie romaine et de sa possession de domaines dans le Latium.

Ascension au XIIIe siècle

L’apogée politique des Savelli se situe au XIIIe siècle. Cencio Savelli fut élu pape en 1216 sous le nom d’Honorius III et exerça le pontificat jusqu’en 1227. Son accession renforça considérablement le prestige de la famille dans la société romaine et dans l’Église. Un autre membre de la lignée, Giacomo Savelli, devint pape sous le nom d’Honorius IV en 1285 et gouverna l’Église jusqu’en 1287.

La famille s’appuya également sur des fonctions civiles et militaires. Luca Savelli, présenté comme un descendant de Cencio, fut sénateur de Rome en 1266 et en 1290. Son activité s’inscrivit dans les luttes entre les factions romaines et dans les rapports complexes qui unissaient l’aristocratie urbaine à la papauté. Un autre Luca Savelli, actif au XIIIe siècle, est associé au sac du Latran en 1234. Les traditions familiales et les notices généalogiques ne permettent pas toujours de distinguer avec certitude les individus portant les mêmes prénoms.

La politique de la famille fut également liée au conflit entre la papauté et l’empereur Frédéric II. Luca Savelli prit le parti impérial contre le successeur d’Honorius III, Grégoire IX. Cette orientation lui aurait valu, ainsi qu’à ses proches, l’obtention ou la consolidation de plusieurs terres dans le Latium. Pandolfo Savelli, frère de Giacomo, exerça la charge de podestat de Viterbe en 1275 et fut ensuite sénateur de Rome en 1287. Ces responsabilités témoignent de l’influence des Savelli dans les principales institutions communales et pontificales de l’Italie centrale.

Une famille de pouvoir ecclésiastique et militaire

La présence des Savelli dans la hiérarchie ecclésiastique ne se limita pas aux deux papes. Licinio Savelli, parfois nommé Sabelli, fut cardinal au XIe siècle, tandis que Bertrando Savelli reçut cette dignité en 1216. À la fin du Moyen Âge, Giovanni Battista Savelli fut nommé cardinal en 1471 et confirmé dans cette fonction en 1480. La famille associa ainsi la possession de terres, l’exercice de magistratures romaines et l’accès régulier aux plus hauts rangs de l’Église.

Ses membres participèrent aussi aux entreprises militaires et aux rivalités politiques de la péninsule. Jacopo et Luca Savelli figurèrent parmi les partisans guelfes au XIVe siècle. Paolo Savelli, actif entre le XIVe et le XVe siècle, ainsi qu’Evangelista Savelli et plusieurs de leurs parents, exercèrent des fonctions d’officiers ou de condottieres. Antonello Savelli, né vers 1450 et mort en 1498, appartient à cette génération de chefs militaires dont l’activité s’inscrit dans les guerres italiennes de la fin du Moyen Âge. Les listes conservées mentionnent également Giovanni, Cristoforo, Ludovico, Onorio, Troiano, Mariano, Battista, Silvio, Antonio et Jacopo Savelli, mais les liens précis entre ces hommes ne sont pas toujours documentés.

Domaines, déclin et continuité

La puissance territoriale des Savelli demeura importante jusqu’à la fin du Moyen Âge, mais elle fut progressivement fragilisée par les conflits politiques, les dettes et la concurrence d’autres familles princières romaines. Leur histoire illustre le destin de plusieurs lignées baronniales de Rome : une ascension fondée sur les charges municipales et ecclésiastiques, suivie d’une dépendance croissante à l’égard de la papauté.

Le déclin financier devint manifeste au XVIe siècle et s’accentua au XVIIe. La branche principale s’éteignit finalement avec Giulio Savelli, mort en 1712. Une branche collatérale, issue d’Antonio Savelli de Rignano, se poursuivit sous le nom de Giannuzzi Savelli, puis de Giannuzzi. Cette continuité postérieure ne doit pas masquer le rôle central joué par les Savelli dans l’aristocratie romaine et la politique du Latium entre le XIIe et le XVe siècle.

Auteur/autrice

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