Famille Tocco
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Famille Tocco
Origines et ascension en Italie méridionale
La famille Tocco est une lignée noble d’Italie méridionale, connue dès le XIIe siècle dans la région de Bénévent. Son siège ancestral était le Castellum di Tocco, établi sur les pentes du Monte Taburno, dans le massif du Taburno-Camposauro. La famille étendit progressivement son influence dans la vallée de Bénévent et occupa des positions importantes auprès des souverains qui dominèrent le royaume de Sicile.
Les généalogies tardives attribuèrent aux Tocco une origine beaucoup plus ancienne, les reliant notamment à des rois goths et à Pyrrhus d’Épire. Ces prétentions ne sont pas établies par les témoignages les plus anciens. Le premier membre généralement identifié avec certitude est Ugolino Tocco, grand sénéchal d’Henri VI, empereur du Saint-Empire, à la fin du XIIe siècle. Au XIIIe siècle, Guillelmo di Tocco exerça la fonction de juge dans l’administration des Hohenstaufen, tandis que Landulfo di Tocco reçut en 1250 les localités de Limata et de Cerreto en récompense de sa fidélité.
La famille connut quelques revers après l’avènement de Charles Ier d’Anjou en Sicile, notamment lorsque le Castellum di Tocco passa sous l’autorité d’un chevalier français. Les Tocco conservèrent toutefois une place notable dans l’entourage angevin. Johannes de Tocco fut le médecin de Charles Ier et de Charles II d’Anjou. Un autre Guillelmus de Tocco, religieux dominicain, fut le confesseur de Charles II et exerça la charge d’inquisiteur général de Sicile.
Le service des Angevins et l’établissement en Grèce
Au début du XIVe siècle, des membres de la famille s’intégrèrent davantage à la cour de Naples. Guglielmo Tocco, installé dans le quartier de la Porta Capuana, devint chevalier et conseiller de Philippe d’Anjou, prince de Tarente et détenteur de droits sur plusieurs possessions angevines de Grèce. Il reçut des terres en Italie et participa directement à l’administration des territoires insulaires. En 1327, il fut inquisiteur à Corfou, puis gouverneur ou capitaine général de l’île entre 1330 et 1331.
Son fils Léonard Ier Tocco fonda la puissance territoriale de la branche grecque. Vers 1357, il reçut le comté palatin de Céphalonie et de Zante, probablement de Robert de Tarente ou de la reine Jeanne Ire de Naples. Il acquit ensuite Leucade et la forteresse de Vonitsa, sur le continent, et prit le titre de duc de Leucade. Son mariage avec Maddalena de’ Buondelmonti renforça ses liens avec les grandes familles du royaume de Naples.
À la mort de Léonard Ier, son fils Carlo Ier Tocco lui succéda sous la régence de sa mère. Le frère de Carlo, Léonard II, joua un rôle militaire et politique important et reçut l’île de Zante en 1399, avec obligation de la restituer à son frère à sa mort. Les Tocco consolidèrent leur autorité dans les îles Ioniennes en s’appuyant sur des familles italiennes et grecques auxquelles ils accordèrent terres et dignités. Leur gouvernement demeura cependant largement contrôlé par des officiers venus de Naples et d’Italie méridionale.
La principauté épirote de Carlo Ier Tocco
Carlo Ier étendit les possessions familiales vers l’Épire, région alors morcelée entre plusieurs pouvoirs issus de l’effondrement de l’ancien despotat et de la domination serbe. Après la mort d’Ésaü de’ Buondelmonti en 1411, les habitants de Ioannina écartèrent sa veuve et appelèrent Carlo à leur gouvernement. Il entra dans la ville peu après et adopta le titre de despote d’Épire. L’empereur Manuel II Paléologue reconnut officiellement ce titre en 1415, après une ambassade conduite par Léonard II.
Carlo Ier poursuivit alors une politique de conquête en Épire et s’empara notamment d’Arta, ancienne capitale du despotat. Ses motivations exactes ne sont pas entièrement connues : elles peuvent relever d’une volonté de restaurer l’ancien État épirote, de rivalités avec les princes albanais ou de représailles contre leurs attaques. Sous son règne, la maison Tocco devint l’une des principales puissances latines de la Grèce occidentale. Son mariage avec Francesca Acciaioli, fille du duc d’Athènes Nerio Ier Acciaioli, lui ouvrit également des droits sur des possessions en Grèce centrale, même si ces droits furent ensuite abandonnés contre une compensation financière.
Déclin des possessions grecques et continuité dynastique
Après la mort de Carlo Ier, son successeur Carlo II Tocco ne put préserver l’ensemble des conquêtes familiales. La pression ottomane et les rivalités régionales entraînèrent la perte progressive des territoires continentaux. Sous Léonard III Tocco, les Tocco perdirent en 1479 le despotat d’Épire ainsi que leurs dernières possessions grecques. Léonard III, l’un des derniers souverains latins indépendants de Grèce, se réfugia dans le royaume de Naples et tenta sans succès d’obtenir une aide militaire pour reconquérir ses États.
Par ses alliances, notamment avec les Acciaioli et les Paléologues, la famille s’inséra dans les réseaux dynastiques de la Méditerranée orientale. Le mariage de Théodora Tocco avec Constantin XI Paléologue, dernier empereur byzantin, contribua à la mémoire dynastique ultérieure de la maison. Après la perte de ses territoires grecs, la branche issue de Léonard III conserva en Italie des prétentions sur le despotat d’Épire et le comté palatin de Céphalonie et de Zante jusqu’au XVIIe siècle, tandis que ses membres acquirent d’autres titres nobiliaires par mariage ou transmission. La lignée Tocco s’éteignit avec Carlo III di Tocco Cantelmo Stuart en 1884.

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