Famille Traversari
- 933 words
Famille Traversari
Origines et implantation en Romagne
Les Traversari, ou domus Traversariorum dans certaines sources médiévales, constituent une famille noble italienne principalement liée à Ravenne et à la Romagne. Leur ascension est surtout attestée entre le XIe et le XIIIe siècle, lorsque la famille exerça une influence majeure sur Ravenne, son contado et plusieurs territoires de l’Adriatique septentrionale.
Une tradition généalogique fait remonter leur origine à Théodore, présenté comme un général des Hérules au service d’Odoacre à la fin du Ve siècle, puis comme un dignitaire du royaume ostrogoth de Théodoric. Cette origine ancienne, ainsi que la filiation continue qui en découlerait, relève toutefois de récits généalogiques tardifs et ne peut être tenue pour établie dans tous ses détails. Le nom familial apparaît plus sûrement dans la documentation médiévale à partir du haut Moyen Âge. Une tradition attribue au duc Paolo, mort en 947, l’un des premiers usages du nom « Traversaria ».
Les Traversari furent également associés à l’histoire religieuse de Ravenne. Selon une tradition familiale, Traversara Traversari, fille de Teodoro Traversari, aurait été la mère de saint Romuald, né en 952, fondateur de Camaldoli et de l’ordre des Camaldules. Cette relation illustre l’ancienneté revendiquée par la maison, mais les généalogies détaillées qui la fondent doivent être distinguées des faits solidement documentés concernant Romuald et son œuvre.
Une puissance seigneuriale à Ravenne
À mesure que le pouvoir byzantin reculait en Italie, les Traversari s’allièrent au Saint-Empire et consolidèrent leurs possessions en Romagne. Leur influence s’étendait notamment à Ravenne, Cervia, Comacchio, Adria, Imola, Faenza, Rimini, Jesi et Ancône, comme le montre le testament de Rustico Traversari en 1024. La famille fonctionna à Ravenne comme une seigneurie de fait, en contrôlant des biens, des châteaux et les principaux leviers du pouvoir urbain.
Alberto Traversari est mentionné parmi les partisans de Lothaire II, tandis que son frère Giovanni mourut en 1158 au siège de Milan dans l’armée de Frédéric Barberousse. Les alliances matrimoniales renforcèrent encore la position de la maison, notamment avec les degli Onesti et des familles liées à la marquise Mathilde de Canossa.
Pietro II Traversari accompagna Frédéric Barberousse à Venise en 1180 et accueillit ensuite l’empereur à Ravenne. En 1181, il devint le premier Traversari connu à exercer la charge de podestat de la ville. Sous ses successeurs, Ravenne s’affirma comme une cité gibeline de Romagne. Pietro III, podestat de 1218 à 1225, accueillit Frédéric II en 1226 et soutint la constitution d’une armée impériale contre la Ligue lombarde. Il reprit la charge de podestat en 1229 et en 1233 et reçut le titre de comte de Rimini pour ses services à l’empereur.
Conflits politiques et expulsion de Ravenne
La domination des Traversari fut contestée par plusieurs lignages de Romagne, notamment les comtes de Bagnacavallo et de Cunio, ainsi que par les Dusdei à Ravenne. Une guerre ouverte éclata en 1218, dans le contexte plus large de l’affrontement entre guelfes et gibelins. Malgré leur fidélité initiale à l’empereur, les Traversari changèrent de camp en 1239 et s’allièrent aux guelfes.
À la mort de Paolo II Traversari, le 8 août 1240, la maison ne comptait plus d’héritier mâle direct. Frédéric II assiégea alors Ravenne et en chassa les Traversari le 15 août. Une partie de la famille se réfugia dans les Pouilles, tandis que d’autres membres cherchèrent à récupérer leurs biens et leurs droits. Ayca Traversari put revenir à Ravenne après la mort de l’empereur en 1250, à la faveur de la libération des prisonniers et de règlements successoraux.
La perte définitive de la prééminence urbaine intervint en 1275, lorsque Teodoro Traversari céda la charge de podestat aux Da Polenta. Les Traversari furent alors durablement écartés de Ravenne. Certains gagnèrent Venise, d’autres s’établirent dans les Apennins, notamment à Portico di Romagna et dans la vallée du Montone. Teodoro et son fils Giovanni partirent jusqu’à Constantinople, tandis que plusieurs membres de la famille servirent comme condottieri.
Dispersion et continuités aux XIVe et XVe siècles
Après l’exil, la famille se maintint par plusieurs lignées établies en Romagne, en Toscane, à Venise et dans les territoires soumis à Florence. Certains Traversari employèrent aussi le nom Fabbri, ce qui rend parfois leur identification documentaire délicate. À Portico di Romagna, ils obtinrent la protection florentine et conservèrent une position notable parmi les familles locales.
La figure médiévale la plus célèbre de la période tardive est Ambrogio Traversari (1386-1439). Moine camaldule, il devint prieur général de son ordre en 1431. Sa maîtrise du grec et du latin lui permit de jouer un rôle important aux conciles de Ferrare et de Florence, où il participa aux efforts de rapprochement entre les Églises latine et grecque. Auteur de nombreux travaux philosophiques et théologiques, il fut honoré comme bienheureux après sa mort.
La branche vénitienne, attestée dès le Moyen Âge central, fut ensuite associée au nom de Da Lezze. D’autres lignées demeurèrent en Romagne ou gagnèrent la Toscane. Ainsi, après la disparition de leur pouvoir seigneurial à Ravenne, les Traversari ne cessèrent pas d’exister : ils se transformèrent en familles de notaires, de religieux, de lettrés et d’administrateurs, conservant dans plusieurs régions le souvenir de leur ancienne prééminence.

Auteur/autrice
root@sd-146999.dedibox.fr
