×
  • 716 words

Famille Vitturi

Origines et implantation vénitienne

La famille Vitturi, également appelée Vetturio dans certaines formes anciennes, appartient aux familles patriciennes de Venise. La tradition familiale la rattache à Trogir, en Dalmatie, alors connue sous le nom de Traù, et rapporte une arrivée ancienne dans la lagune par l’intermédiaire d’Altino. Cette origine explique l’inscription de la lignée dans l’espace adriatique dominé ou fréquenté par Venise, mais les modalités précises de cette implantation ne sont pas établies avec le même degré de certitude que la présence ultérieure des Vitturi dans la vie politique vénitienne.

La famille apparaît explicitement dans la documentation vénitienne au milieu du XIIe siècle. En 1151, Giovanni, Marin, Orlando et Silvestro Vitturi figurent parmi les nobles qui souscrivirent l’acte de quietanza accordé par le doge Domenico Morosini aux nobles de Ca’ Basegio. Cette mention témoigne de leur appartenance à un groupe de familles déjà reconnues dans les affaires publiques de la cité.

Ascension politique et puissance maritime

La tradition historique de la famille associe son élévation à l’action de Daniele Vitturi. En 1260, celui-ci aurait remporté une victoire navale sur une flotte réunissant des forces génoises et pisanes, en capturant ou pillant huit navires génois et cinq navires pisans. En récompense, les Vitturi auraient été agrégés en 1270 à la noblesse dominante de Venise.

Cette promotion doit être replacée dans le contexte de la concurrence maritime qui opposait alors Venise aux autres puissances marchandes de la Méditerranée. Elle ne marque pas nécessairement le début de la présence des Vitturi dans la noblesse, puisque la famille est déjà attestée au XIIe siècle, mais elle aurait consacré son intégration au premier rang du patriciat vénitien. En 1297, lors de la clôture du Maggior Consiglio, les Vitturi furent compris parmi les familles admises dans ce conseil. La clôture transforma la participation politique des lignages patriciens en un statut plus strictement héréditaire et renforça le rôle des Vitturi dans les institutions de la République.

Charges ecclésiastiques et gouvernement de la République

Les Vitturi fournirent des titulaires de charges civiles, militaires et ecclésiastiques. En 1315, Lampridio Vitturi fut évêque de Traù. Cette fonction rappelle les liens persistants entre la famille, Venise et les cités de la côte dalmate, où les autorités vénitiennes exerçaient une influence croissante.

Au XVe siècle, Raniero, fils de Bartolomeo Vitturi, occupa une place importante dans la haute administration vénitienne. En 1442, il réussit à porter de six à neuf le nombre des procurateurs de Saint-Marc. La charge de procureur constituait l’une des plus éminentes de la République après celle de doge ; l’intervention de Raniero illustre donc la capacité d’un membre de la famille à agir sur l’organisation des institutions centrales de Venise.

La documentation médiévale ne permet pas de réduire l’histoire des Vitturi à une seule fonction. Leur présence se manifeste à la fois dans la noblesse du Grand Conseil, dans les commandements liés à la défense maritime et dans l’encadrement ecclésiastique des territoires adriatiques. Cette diversité correspond au fonctionnement du patriciat vénitien, dont la puissance reposait sur la combinaison des services militaires, de l’administration et des bénéfices ecclésiastiques.

Mémoire familiale et continuité

Les armoiries traditionnellement attribuées aux Vitturi sont d’azur à deux pals d’or ; d’autres branches sont associées à un champ d’or chargé de deux pals d’azur. La coexistence de ces variantes est signalée par la tradition héraldique, sans qu’il soit possible ici d’en déduire avec certitude la chronologie ou la répartition entre branches.

Un palais Vitturi rappelle l’inscription de la famille dans le paysage monumental vénitien. Après la disparition de la République, la noblesse des Vitturi fut reconnue par le gouvernement impérial autrichien en 1817. Cette confirmation est postérieure à la période médiévale, mais elle montre que le nom et le statut historique de la lignée continuèrent d’être pris en compte au-delà de l’ordre politique vénitien.

Auteur/autrice

root@sd-146999.dedibox.fr