Maison de Tour et Taxis
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Maison de Tour et Taxis
Origines lombardes et formation de la lignée
La maison de Tour et Taxis, également désignée sous les formes von Thurn und Taxis, de La Tour et Tassis ou della Torre e Tasso, est une famille princière issue de Lombardie. Elle se rattache à la localité de Cornello dei Tasso, dans la vallée du Brembo, près de Bergame. Un membre nommé Reinerius de Tasso apparaît dans un document daté de 1117, ce qui constitue la plus ancienne attestation connue de la famille dans la documentation transmise.
Le nom Tasso est généralement associé à la tradition familiale de la région bergamasque. Son étymologie exacte demeure toutefois discutée : elle a été rapprochée soit du mot italien désignant le blaireau, soit du terme employé pour l’if, arbre auquel aurait été associé le lieu d’origine familial. Les formes Tassi, Tassis et Taxis résultent de l’évolution linguistique et administrative du nom dans les espaces italien, français et germanique.
À partir du XIVe siècle, plusieurs membres de la famille se consacrèrent au transport organisé des correspondances et des voyageurs. Cette activité, d’abord fondée sur des relais de cavaliers, fournit le cadre dans lequel se développa la puissance économique et sociale de la lignée. Les Tasso furent ainsi connus dans certains milieux italiens sous le nom de bergamaschi, en référence à leur région d’origine.
La construction d’un réseau postal européen
Au XVe siècle, les Tasso étendirent leur activité en Lombardie et dans les territoires alpins. Ruggero de Tassis est associé à la fondation d’un service postal lombard. En 1489, Jeannetto de Tassis fut nommé grand maître des postes à Innsbruck. Avec ses proches, il participa à la mise en place d’un réseau reliant les possessions et les capitales des Habsbourg.
François de Taxis, établi d’abord à Malines puis à Bruxelles, joua un rôle important dans l’organisation de ce service. Les itinéraires reliaient notamment Venise, Rome, Vienne, Bruxelles et Madrid. Ils furent adaptés aux conditions politiques et militaires : lorsque les routes terrestres étaient interrompues, le courrier pouvait être transporté par voie fluviale ou maritime. La famille obtint de la monarchie espagnole des Habsbourg des rémunérations globales pour le transport des dépêches entre les différents gouvernements et cours.
Le service, initialement destiné aux autorités et aux souverains, s’ouvrit progressivement au transport des lettres et des colis de particuliers. Cette extension accrut les revenus de la famille et favorisa la constitution d’un réseau international durable. En 1520, Jean Baptiste de Taxis fut nommé maître général des postes par l’empereur. Au début du XVIIe siècle, l’entreprise était devenue le principal support de la Poste impériale, ou Reichspost.
Ascension nobiliaire et accession à la dignité princière
La réussite postale s’accompagna d’une promotion nobiliaire. Le chef de famille fut élevé au rang de baron du Saint-Empire en 1608, puis au rang de comte en 1624. À partir de 1650 environ, la famille ajouta le nom de Thurn à celui de Taxis, donnant la forme allemande Thurn und Taxis. Cette adjonction fut liée à une prétention généalogique à une parenté avec la famille italienne della Torre, qui avait exercé le pouvoir à Milan au Moyen Âge ; cette filiation n’est pas établie et fut revendiquée par la famille au XVIIe siècle.
En 1681, Eugène Alexandre de Tour et Taxis reçut des Pays-Bas espagnols une dignité princière, associée à Braine-le-Château comme principauté titulaire. En 1695, l’empereur Léopold Ier l’éleva au rang de prince du Saint-Empire. L’admission au Conseil impérial des princes de la Diète d’Empire eut lieu en 1704. Ces distinctions consacrèrent la transformation d’une famille d’entrepreneurs du service postal en maison souveraine de rang impérial.
À partir de 1615, les chefs de la famille portèrent la charge de maîtres de poste héréditaires de l’Empire. Le centre d’affaires passa de la Lombardie à Bruxelles, puis à Francfort-sur-le-Main en 1701. En 1741, la maison fournit le commissaire principal de la Diète impériale perpétuelle, fonction qui conduisit son principal établissement à Ratisbonne.
Territoires, résidences et héritage médiéval
La famille ne constitua pas seulement une fortune commerciale. Elle acquit progressivement des terres, des châteaux et des droits seigneuriaux. En 1803, à la faveur de la réorganisation de l’Empire, plusieurs abbayes sécularisées de Haute-Souabe furent réunies dans la principauté impériale de Buchau. Cette construction politique fut de courte durée : la principauté fut médiatisée en 1806, mais la maison conserva une partie importante de ses biens comme propriété privée.
Le principal siège familial devint l’ancienne abbaye Saint-Emmeran de Ratisbonne, transformée en résidence princière au début du XIXe siècle. Cette installation prolongeait le rôle joué par la famille dans les institutions impériales, même après la disparition du Saint-Empire en 1806. Le service postal continua alors sous une forme privée jusqu’au XIXe siècle, tandis que les revenus de la maison reposaient de plus en plus sur les domaines fonciers, forestiers et seigneuriaux.
Entre le Moyen Âge finissant et la fin de l’époque impériale, la maison de Tour et Taxis passa ainsi du statut de famille lombarde spécialisée dans les relais de correspondance à celui de grande maison princière de l’espace germanique. Son histoire illustre le lien étroit, dans l’Europe médiévale et moderne, entre maîtrise des communications, service des souverains, accumulation foncière et promotion nobiliaire.

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