Banu Qasi
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Banu Qasi
Les Banu Qasi, ou Banū Qāsī (« fils de Cassius »), sont une importante famille de la haute vallée de l’Èbre, active dans l’émirat de Cordoue entre le début du VIIIe siècle et le premier quart du Xe siècle. D’origine hispano-romaine et devenue musulmane après la conquête de la péninsule Ibérique, la lignée appartient au groupe des muladíes, c’est-à-dire des populations locales converties à l’islam. Elle joue un rôle politique et militaire majeur dans la Marche supérieure d’al-Andalus, espace frontalier soumis à la fois à l’autorité cordouane et à la pression des principautés chrétiennes septentrionales.
Origines et implantation dans la vallée de l’Èbre
La tradition généalogique rattache les Banu Qasi à un comte nommé Cassius, présenté comme un aristocrate de l’époque wisigothique gouvernant une partie de la haute vallée de l’Èbre. Après la conquête musulmane, il se serait converti à l’islam et aurait conservé ses domaines en se plaçant sous l’autorité des Omeyyades. Le nom arabe de la famille dérive de son nom latin. Les modalités exactes de cette conversion et de la reconnaissance de ses possessions ne sont toutefois pas entièrement établies.
Le premier membre important de la lignée est Fortun, fils de Cassius, dont l’action contribue à maintenir et à accroître le pouvoir familial au cours du VIIIe siècle. Le principal centre d’implantation des Banu Qasi se trouve autour de Tudèle, dans le sud de l’actuelle Navarre, mais leur influence s’étend vers Tarazona, Ejea de los Caballeros, Borja, Arnedo et la Rioja. Cette position les place au contact de plusieurs pouvoirs : l’émirat de Cordoue, les principautés chrétiennes des Asturies et de Pampelune, les autorités carolingiennes et les autres lignages musulmans de la Marche supérieure.
Entre Cordoue, Pampelune et les pouvoirs chrétiens
La situation frontalière des Banu Qasi les conduit à alterner soumission, révolte et négociation. En 778, lors de l’expédition de Charlemagne vers Saragosse, un membre de la famille, Abu Taur, gouverneur de Huesca, traite avec le souverain franc. L’expédition échoue devant Saragosse et le retrait de l’armée franque par Pampelune est suivi du combat de Roncevaux. Cet épisode illustre les relations complexes entretenues par les Banu Qasi avec les pouvoirs chrétiens voisins, sans impliquer une alliance durable avec les Carolingiens.
Musa ibn Fortun, actif à la fin du VIIIe siècle et au début du IXe, contrôle plusieurs places de la vallée de l’Èbre. Il soutient d’abord l’émir de Cordoue contre les révoltes de Saragosse, avant de se soulever contre al-Hakam Ier. Son assassinat, en 802, ne met pas fin à l’ascension de la famille. Les alliances matrimoniales renforcent parallèlement ses liens avec les dirigeants de Pampelune : Musa ibn Fortun épouse Oneca, veuve d’Íñigo Jiménez Arista et mère d’Eneko Arista. Leur fils, Musa ibn Musa, devient le plus puissant représentant de la lignée.
L’apogée de Musa ibn Musa
Musa ibn Musa, mort en 862, connaît une carrière marquée par de fréquents changements d’alliance. Après avoir combattu l’émirat, il se soumet en 806, tout en consolidant ses relations avec la dynastie de Pampelune. À partir de 842, il reprend les armes contre Cordoue et s’empare notamment de Saragosse, Borja et Tudèle. Les campagnes cordouanes se succèdent jusqu’à sa réconciliation avec l’émir Abd al-Rahman II, qui le confirme comme gouverneur de Tudèle.
Son influence atteint son maximum dans les années 850. Il contrôle alors un vaste ensemble comprenant Tudèle, Saragosse, Calatayud, Daroca, une partie de la Rioja et plusieurs territoires de la Marche supérieure. Il intervient également à Huesca et fait établir son fils Lubb à Tolède. Les sources lui attribuent l’expression de « troisième roi d’Espagne », formule qui traduit l’ampleur de son pouvoir mais ne constitue pas un titre souverain officiel. Ses victoires contre les Asturiens et les Aquitains, notamment à Albelda en 852, renforcent momentanément son prestige.
Déclin et disparition politique
Après la mort de Musa ibn Musa, ses fils Lubb, Ismaïl, Mutarrif et Fortun tentent de préserver l’autorité familiale. En 871, ils se soulèvent contre l’émir Muhammad Ier et occupent plusieurs centres de la Marche supérieure. La réaction cordouane, appuyée par le lignage des Banu Tujib et par les Banu Amrus, réduit progressivement leurs positions. Huesca revient à Amrus ibn Umar, tandis que Saragosse est finalement reprise par Muhammad Ier en 884 et confiée aux Banu Tujib.
Les dissensions entre les héritiers de Musa ibn Musa accélèrent ensuite la désagrégation de leur puissance. Attaqués par les Asturiens, les comtes de Pallars et de Barcelone ainsi que les rois de Pampelune, les Banu Qasi perdent leurs domaines occidentaux et orientaux. Au début du Xe siècle, ils ne disposent plus que de positions réduites autour de Tudèle et de Tarazona. En 924, Abd al-Rahman III leur retire leur dernière charge importante à Tudèle et les contraint à le suivre à Cordoue. La famille cesse alors d’exercer un rôle autonome dans la vallée de l’Èbre, au profit de lignages concurrents intégrés plus étroitement à l’autorité omeyyade.

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