×
  • 817 words

Famille Borgia

Origines valenciennes et implantation en Italie

Les Borgia, italianisation du nom catalan Borja, sont une famille issue du royaume de Valence, dans la couronne d’Aragon. Leur nom est probablement lié à la ville aragonaise de Borja, dont plusieurs membres partirent au XIIIe siècle pour s’établir à Xàtiva après la conquête chrétienne du royaume de Valence. Les récits généalogiques élaborés ultérieurement par la famille cherchèrent à rattacher les Borgia à des lignées plus anciennes et prestigieuses. Ces prétentions ne sont toutefois pas établies par les documents disponibles : la notoriété historique de la maison commence surtout avec son ascension au milieu du XVe siècle.

La progression sociale des Borgia s’appuya sur leurs compétences juridiques, ecclésiastiques et diplomatiques ainsi que sur leur proximité avec la monarchie aragonaise. Alonso de Borja, juriste au service d’Alphonse d’Aragon, roi de Naples, fut envoyé auprès du pape Eugène IV. Sa mission contribua à son élévation au cardinalat en 1444. Devenu pape sous le nom de Calixte III en 1455, il favorisa l’installation de membres de sa parenté dans les institutions pontificales et ouvrit à la famille une période d’influence durable en Italie.

Les papes et l’ascension romaine

Calixte III régna sur l’Église de 1455 à 1458. Son pontificat fut marqué par la promotion de plusieurs parents, pratique qui renforça les critiques contre le népotisme pontifical, mais qui était alors largement répandue dans les cours européennes et ecclésiastiques. Parmi les proches de Calixte III figurait son neveu Rodrigo de Borja, connu en Italie sous le nom de Rodrigo Borgia. Celui-ci acquit une place centrale dans la curie romaine avant d’être élu pape en 1492 sous le nom d’Alexandre VI.

L’élection d’Alexandre VI porta la puissance familiale à son apogée à la fin du Moyen Âge. Son gouvernement pontifical s’inscrivit dans les rivalités entre les grandes puissances italiennes, les familles aristocratiques romaines et les monarchies européennes. Les Borgia s’appuyèrent sur des alliances matrimoniales, des charges ecclésiastiques et des fonctions militaires afin de consolider leur position. Cette politique fut efficace à court terme, mais elle suscita de fortes résistances et contribua à la réputation controversée de la famille.

Parenté, charges et possessions

Alexandre VI eut plusieurs enfants, notamment César, Giovanni, Lucrèce et Geoffroi Borgia, nés de sa relation avec Vannozza Cattanei. César Borgia, d’abord cardinal, renonça ensuite à l’état ecclésiastique et devint capitaine général des armées pontificales. Il mena une politique de conquête en Romagne et inspira, par son ambition et ses méthodes, des analyses durables sur l’exercice du pouvoir princier à la Renaissance.

Giovanni Borgia reçut le duché de Gandie, possession qui donna naissance à une importante lignée espagnole. Son fils, François Borgia, fut à son tour duc de Gandie avant de renoncer à la vie princière. Devenu religieux, puis supérieur général de la Compagnie de Jésus, il acquit une réputation de sainteté et fut canonisé. Sa trajectoire constitue un contrepoint essentiel à l’image exclusivement scandaleuse souvent associée aux Borgia. La descendance ducale de Gandie donna encore plusieurs cardinaux et princes au XVIe et au XVIIe siècle.

Lucrèce Borgia fut mariée successivement à Giovanni Sforza, Alphonse d’Aragon et Alphonse d’Este. Installée à Ferrare après son dernier mariage, elle participa à la vie politique et culturelle de la cour. D’autres parents de la maison, notamment dans les branches apparentées des Borja Llançol de Romaní, occupèrent des charges cardinalices ou administratives auprès d’Alexandre VI et de ses successeurs. Les liens précis entre certaines branches italiennes et valenciennes restent cependant inégalement documentés.

Réputation et fin de la lignée

À partir du XVIe siècle, les adversaires politiques des Borgia diffusèrent de nombreuses accusations d’empoisonnement, de meurtre, de corruption, de luxure et d’inceste. Ces récits nourrirent une légende noire qui transforma la famille en symbole de la décadence de la papauté de la Renaissance. Certaines pratiques politiques, notamment le népotisme et l’usage des charges ecclésiastiques à des fins familiales, sont attestées ; en revanche, plusieurs crimes attribués aux Borgia reposent sur des témoignages hostiles, tardifs ou contradictoires. Ils doivent donc être examinés avec prudence.

L’influence politique directe de la branche romaine déclina après la mort d’Alexandre VI en 1503 et celle de César Borgia en 1507. Des branches espagnoles continuèrent néanmoins à exercer des fonctions ducales, ecclésiastiques et administratives pendant plusieurs générations. La lignée s’éteignit en 1748 avec la mort de Marie-Anne, duchesse de Gandie, bien après la période médiévale et l’apogée romaine de la famille.

Auteur/autrice

root@sd-146999.dedibox.fr