×
  • 805 words

Maison de Bourgogne au Portugal

La maison de Bourgogne au Portugal est une dynastie capétienne qui régna sur le royaume de Portugal de la fin du XIe siècle à la crise successorale de 1383-1385. Elle est issue de l’union conclue en 1093 entre Henri de Bourgogne et Thérèse de León, comtesse souveraine de Portugal. D’abord établie dans le cadre du comté portugais soumis à la monarchie léonaise, elle transforma progressivement cette principauté en royaume indépendant.

Origines et établissement au Portugal

Henri de Bourgogne appartenait à la branche capétienne issue de Robert le Vieux, duc de Bourgogne. Il était le frère cadet d’Eudes Ier, duc de Bourgogne. Son mariage avec Thérèse, fille d’Alphonse VI, roi de León et de Castille, lui valut le gouvernement du comté de Portugal. Le comté constituait alors une principauté de frontière, engagée dans les luttes contre les pouvoirs musulmans de la péninsule Ibérique et placée dans la dépendance des rois de León.

Henri exerça le pouvoir aux côtés de Thérèse, puis celle-ci gouverna seule après sa mort. La comtesse chercha à renforcer l’autonomie de son domaine et s’appuya notamment sur des alliances avec la noblesse galicienne. Cette orientation suscita l’opposition d’une partie des aristocrates portugais, qui se rallièrent à son fils Alphonse Henriques. La rivalité aboutit à la bataille de São Mamede, en 1128, après laquelle Alphonse prit effectivement la direction du comté et éloigna du pouvoir sa mère et ses alliés galiciens.

De la principauté au royaume

Alphonse Henriques, fils d’Henri de Bourgogne et de Thérèse, est la figure fondatrice de la monarchie portugaise. Il porta successivement les titres d’infant, de prince, puis de roi. Sa victoire d’Ourique, traditionnellement datée de 1139, renforça sa prétention royale. En 1143, le traité de Zamora mit fin aux liens de suzeraineté revendiqués par le roi de León et de Castille, même si la construction juridique de l’indépendance se poursuivit dans les décennies suivantes.

Alphonse se plaça sous la protection directe du Saint-Siège. La reconnaissance pontificale de la royauté portugaise fut finalement formulée en 1179 par la bulle Manifestum Probatum. La maison issue d’Alphonse Ier conserva dès lors la couronne et développa son autorité dans le cadre de la Reconquête, en étendant progressivement le territoire portugais vers le sud.

La dynastie royale et ses alliances

La succession passa d’Alphonse Ier à son fils Sanche Ier, puis à Alphonse II, Sanche II et Alphonse III. Sous Alphonse III, l’achèvement de l’expansion territoriale au sud consolida le royaume. La dynastie multiplia les unions avec les maisons royales de León, de Castille, d’Aragon et du Danemark. Ces mariages servirent à la fois la diplomatie portugaise et l’intégration de la monarchie dans l’espace politique ibérique et européen.

Denis Ier, fils d’Alphonse III, régna de 1261 à 1325 et transmit la couronne à Alphonse IV. Celui-ci fut le père de Pierre Ier, dont le règne fut marqué par la place d’Inês de Castro dans l’histoire dynastique portugaise. Pierre Ier eut avec Constance de Castille son fils Ferdinand, devenu roi en 1367. Il eut également des enfants nés d’unions ou de relations non dynastiques, dont certains jouèrent un rôle important dans la crise de succession ultérieure.

La branche royale donna aussi naissance à de nombreuses lignées secondaires. Des infants reçurent des seigneuries et des comtés, tandis que des descendants illégitimes ou issus de branches collatérales s’allièrent à de puissantes familles portugaises et castillanes. Ces ramifications ne remirent toutefois pas en cause, avant 1383, la prééminence de la branche aînée issue d’Alphonse Henriques.

La crise de 1383 et la fin de la maison régnante

À la mort de Ferdinand Ier, en 1383, la succession fut revendiquée par sa fille Béatrice, mariée à Jean Ier de Castille. La reine mère Éléonore Teles de Meneses exerça la régence au nom de Béatrice. Cette solution suscita une forte opposition, car elle faisait craindre l’incorporation du Portugal à la monarchie castillane.

La crise opposa les partisans de Béatrice aux défenseurs de l’autonomie portugaise. Parmi ces derniers se trouvait Jean, grand maître de l’ordre d’Aviz et fils illégitime de Pierre Ier. Soutenu par une partie des élites et par les villes, il s’empara du pouvoir pendant la révolution de 1383-1385. Son accession au trône mit fin à la branche royale issue d’Henri de Bourgogne et inaugura la dynastie d’Aviz, tout en assurant la continuité de la monarchie portugaise.

Auteur/autrice

root@sd-146999.dedibox.fr