×
  • 789 words

Famille de Gingins

Origines et implantation

La famille de Gingins est une ancienne famille noble du pays de Vaud, originaire de Divonne. Elle appartient à une branche collatérale de la maison de Divonne. Lors du partage entre Gaucher et Étienne de Divonne, ce dernier reçut la seigneurie de Gingins et adopta le nom de cette terre. Cette origine explique l’association durable entre le lignage et les seigneuries de la région du Jura vaudois et du Pays de Gex.

La seigneurie de Gingins constituait un franc-alleu. La maison de Savoie y détenait toutefois la haute justice entre 1319 et 1441. Les Gingins disposaient également de droits à Arnex-sur-Nyon, qu’ils reconnaissaient en 1309 tenir de l’abbaye de Bonmont. Étienne de Gingins fit en outre don de la grange de Bogis à cette abbaye. Ces éléments témoignent de l’ancienneté de leur implantation et de leurs relations avec les établissements religieux régionaux.

Par mariages, héritages et acquisitions, les Gingins devinrent l’une des familles nobles les plus puissantes du pays de Vaud. L’acquisition de Divonne est datée, selon les traditions rapportées, soit de 1374, par mariage, soit de 1419, par héritage des Joinville. La divergence entre ces deux chronologies doit être conservée comme un point incertain.

Les possessions et les branches

La famille se divisa en plusieurs branches dès le XVe siècle : seigneurs de Gingins, de Divonne, de Gingins-Cuarnens, de Gingins-Orny, de Gingins-Eclépens et de Gingins-La Sarraz. La seigneurie du Châtelard entra dans le patrimoine familial en 1435, lorsque Jean de Gingins, seigneur de Divonne, épousa Marguerite de La Sarraz. Il entreprit ensuite la construction du château, commencée vers 1440 ou 1441, et accorda des franchises aux habitants en 1457.

À la suite des guerres de Bourgogne, le Châtelard fut momentanément soustrait à la famille. Le duc de Savoie l’acheta et en confia la châtellenie à Amédée de Gingins-Belmont, avant de rendre la baronnie aux Gingins en 1490. Elle fut finalement vendue en 1549 à Charles de Challant par Michel de Gruyère, grand-père maternel et tuteur des seigneurs concernés.

La seigneurie de La Sarraz, promise aux Gingins dès 1427, fut acquise par eux en 1542. Après une querelle successorale, Berne en favorisa le partage en plusieurs ensembles. La division, intervenue en 1624 ou 1626, forma notamment les seigneuries de La Sarraz et Ferreyres, d’Orny et Pompaples, d’Eclépens et Villars-Lussery, ainsi que de Chevilly. Ces terres restèrent pour l’essentiel aux mains des Gingins jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Les branches de La Sarraz et d’Eclépens assurent la continuité de la famille.

Au service de la Savoie et de Berne

Au XVe et au début du XVIe siècle, plusieurs membres de la famille servirent la maison de Savoie. Pierre de Gingins gardait le château de Chillon en 1476, tandis que François de Gingins appartint à la confrérie de la Cuillère. Au moins six Gingins furent conseillers des ducs de Savoie. Antoine de Gingins, docteur en droit, fut conseiller et chambellan du duc, puis premier président du Souverain Sénat de Savoie et président du Conseil ducal. D’autres membres exercèrent des fonctions de châtelains, notamment à La Balme et à La Bâtie.

La famille établit ensuite des liens étroits avec Berne. François de Gingins fut reçu bourgeois de la ville en 1522, et les Gingins intégrèrent progressivement le patriciat bernois. Ils occupèrent des charges administratives et militaires importantes. Gabriel de Gingins-La Sarraz siégea au Petit Conseil de Berne et fut bailli du Gessenay. Victor de Gingins exerça la fonction de bailli d’Yverdon. À la veille de la révolution vaudoise, Wolfgang-Charles de Gingins était trésorier du Pays romand, après avoir été membre de plusieurs conseils et bailliages bernois.

Église, armes et continuité

La famille donna aussi des religieux à l’abbaye de Bonmont. Un Humbert, attesté dans les années 1260, est considéré comme un membre probable du lignage ; Michel y fut abbé en 1324-1325. Aymon de Gingins, prieur et abbé commendataire, fut élu évêque de Genève en 1513 sans être confirmé, puis exerça comme vicaire général du diocèse entre 1527 et 1535.

Les armes attribuées aux Gingins sont d’argent, semé de billettes de sable, au lion du même brochant. Leur devise est « Cum Deo omnia ». À partir de l’époque moderne, plusieurs membres servirent encore dans les armées de différents États européens. La dernière branche noble s’éteignit en 1911 avec Louis-Henri de Gingins, tandis que les branches de La Sarraz et d’Eclépens ont assuré la survivance de la famille au-delà de la période médiévale.

Auteur/autrice

root@sd-146999.dedibox.fr