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Famille Abate

Origines et formes du nom

La famille Abate est une lignée nobiliaire dont les traditions généalogiques associent les premières implantations documentées à Florence, puis à la Sicile et aux territoires de la couronne d’Aragon. Les formes Abati, Abate et Abbate apparaissent selon les lieux et les périodes. Cette variation orthographique est caractéristique des familles italiennes et siciliennes du Moyen Âge, mais elle ne permet pas toujours d’établir avec certitude la parenté entre tous les porteurs du nom.

Le premier membre florentin mentionné est Degli Abati, ou Abate d’Ildebrandino della Lombarda, attesté comme consul à Florence en 1176. La famille possédait alors des biens dans les environs de l’église d’Orsanmichele. Dans le contexte des conflits entre factions guelfes et gibelines, les Abati se rallièrent au parti hostile aux Amidei après l’assassinat de Buondelmonte de’ Buondelmonti et furent ensuite comptés parmi les gibelins florentins.

Les Abati de Florence

Plusieurs personnages portant le nom degli Abati sont connus dans l’histoire politique et littéraire de Florence. Bocca degli Abati combattit à Montaperti en 1260 dans le camp guelfe, avant de trahir ses compagnons au cours de la bataille en s’attaquant au porte-étendard Jacopo de’ Pazzi. Dante le mentionne dans l’Enfer, ce qui contribua à fixer sa mémoire dans la littérature médiévale.

La mère de Dante, Bella degli Abati, est parfois rattachée à cette famille. Cette identification demeure toutefois incertaine : elle repose sur une tradition généalogique et onomastique qui ne suffit pas à établir une filiation indiscutable. Il convient donc de distinguer la présence attestée des Abati à Florence de cette attribution familiale particulière.

Palmerio Abate et la Sicile aragonaise

La figure la plus importante de la branche sicilienne est Palmerio Abate, seigneur de Trapani, présenté comme l’un des organisateurs de la révolte des Vêpres siciliennes en 1282. Il aurait agi avec Gualtiero di Caltagirone, Alaimo di Lentini, Enrico II Ventimiglia et Giovanni da Procida contre la domination angevine, en faveur de Pierre III d’Aragon. Le 30 août 1282, il accueillit à Trapani la flotte aragonaise commandée par Roger de Lauria et le roi Pierre III.

Après la conquête aragonaise, Palmerio Abate reçut ou contrôla plusieurs possessions, parmi lesquelles Favignana, Carini et Butera. Ces attributions firent de lui un seigneur particulièrement puissant dans l’ouest de la Sicile. L’étendue exacte de ses domaines et la manière dont ils furent ensuite répartis entre ses proches ne sont cependant pas toujours documentées avec la même précision.

Palmerio Abate épousa en 1294 Francisca Torregrossa, issue d’une famille liée à la noblesse du royaume de Valence. En 1300, il fut capturé après la bataille de Ponza, livrée dans les eaux de Catane entre les forces aragonaises et angevines. Grièvement blessé, il mourut en captivité la même année. Sa disparition semble avoir entraîné le déclin rapide de la puissance territoriale des Abate en Sicile.

Présence espagnole et mémoire familiale

La tradition généalogique rattache à cette lignée saint Albert de Trapani, religieux carme canonisé en 1476 par le pape Sixte IV. Cette attribution constitue l’un des principaux éléments de la mémoire familiale médiévale, même si les généalogies anciennes doivent être confrontées aux actes contemporains pour préciser les liens entre les différentes branches siciliennes et espagnoles.

À la fin du XVe siècle, des descendants ou homonymes de la famille apparaissent à Alcoy, dans le royaume de Valence. Cette présence espagnole prolonge les liens noués entre les milieux nobiliaires siciliens et aragonais au cours des guerres de la fin du XIIIe siècle. Les branches établies à Alcoy, Elda et Novelda sont ensuite associées à plusieurs dignitaires ecclésiastiques et à des officiers de l’Inquisition espagnole. Leur continuité postérieure explique la survivance du nom Abate ou Abad dans plusieurs régions d’Espagne et, plus tard, en France.

Auteur/autrice

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