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Famille d’Allinges

Origines et implantation en Chablais

La famille d’Allinges, également attestée sous la forme d’Alinge, est un lignage noble du Chablais, nommé d’après le village d’Allinges, situé près de Thonon. Elle apparaît dans les sources au moins au XIe siècle et compte alors parmi les familles les plus puissantes de la région. Le lieu précis de son premier établissement n’est pas assuré : il pourrait s’agir du village lui-même ou de l’un des sites aujourd’hui désignés comme Châteauvieux-d’en-Bas et Châteauvieux-d’en-Haut.

Une implantation plus ancienne a parfois été envisagée, en relation avec la garde de terres dépendant de l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune sur la rive méridionale du Léman. Cette hypothèse repose sur la place occupée ultérieurement par les Allinges dans le Chablais et le Valais, mais la documentation ne permet pas d’en établir avec certitude la continuité dès le Xe siècle.

La première attestation directement liée à l’un des châteaux d’Allinges date de 1073. Aymon II d’Allinges y rédige son testament au Château-Vieux. Il demande à être enseveli dans la chapelle castrale Sainte-Marie-Mère-de-Dieu, fondée ou entretenue par sa famille et encore mentionnée au début du XVe siècle. Aymon est alors marié à Constance de Ternier. En 1094, Girard d’Allinges figure parmi les seigneurs qui donnent des terres pour la fondation de l’abbaye d’Aulps, acte confirmé en 1097. Il apparaît ainsi comme un personnage de premier plan dans le Chablais et dans l’entourage des comtes de Maurienne.

Les châteaux d’Allinges et la puissance régionale

Les deux forteresses d’Allinges, le Château-Vieux et le Château-Neuf, ont longtemps été présentées comme les sièges de deux branches du lignage. Cette interprétation n’est toutefois pas démontrée. L’ancienneté exacte des deux sites demeure incertaine, et aucune preuve ne permet d’attribuer avec certitude leur construction aux Allinges. Le testament de 1073 établit seulement un lien direct entre la famille et le Château-Vieux.

Une interprétation généralement retenue fait des Allinges les détenteurs, peut-être dès les IXe ou Xe siècles, d’une garde exercée au nom des rois de Bourgogne. Au cours des générations suivantes, cette position aurait favorisé leur autonomie et leur contrôle d’une partie du territoire chablaisien. Au début du XIIIe siècle, cependant, les deux châteaux relèvent de puissances supérieures : le Château-Vieux paraît lié aux Faucigny, tandis que le Château-Neuf est associé aux comtes de Savoie. Les circonstances exactes de ces transferts ne sont pas connues.

La perte progressive du contrôle direct d’Allinges n’entraîne pas la disparition du lignage. Les membres de la famille étendent leurs possessions et leurs fonctions vers le Genevois, le pays de Vaud et le Valais. Cette dispersion accompagne leur insertion dans les réseaux féodaux des Faucigny, de Genève, de Savoie et de l’abbaye de Saint-Maurice.

Branches genevoise, valaisanne et vaudoise

Au XIIIe siècle, une branche est implantée à Genève. Guillaume d’Allinges exerce la fonction de vidomne de Genève entre 1278 et 1281, charge qui associe des responsabilités judiciaires et administratives. D’autres membres du lignage occupent ensuite des fonctions liées à la ville et au pouvoir savoyard : Raimond est attesté au début du XIVe siècle, Jacquemet en 1316-1317, et un Jean est syndic de Genève en 1401. Des Allinges sont également châtelains de l’Île, de Montjoie, de Chaumont et du Châtelet du Crédoz à différentes dates entre le XIVe et le début du XVIe siècle.

Une autre branche s’établit dans le val d’Entremont, entre Orsières et Liddes. Rodolphe d’Allinges porte en 1228 le titre de vidomne d’Entremont et de Saxon. Cette implantation s’appuie sur des biens et des droits tenus notamment de Saint-Maurice d’Agaune, dans le Bas-Valais et le pays de Vaud. Les Allinges sont par ailleurs bourgeois de Rolle au XIVe siècle, où une branche demeure établie jusqu’au XVIe siècle.

La famille à la fin du Moyen Âge

À la fin du Moyen Âge, les Allinges restent présents dans les principaux espaces politiques de la région lémanique et savoyarde. Pierre d’Allinges accompagne le comte Amédée VII de Savoie dans les combats menés en Flandre en 1384. Jean d’Allinges, attesté en 1470, épouse Guillemette de Montfort, qui lui apporte la seigneurie et le château de Boisy. Cette alliance illustre l’élargissement de la base patrimoniale du lignage au-delà de son berceau chablaisien.

La famille possède ou administre alors diverses terres et maisons fortes, notamment à Allinges, Coudrée, Boisy, La Rochette, Ballaison et dans plusieurs localités du Genevois et de Savoie. Les formes de détention varient selon les périodes : certaines possessions sont tenues en propre, d’autres en fief ou dans le cadre de charges exercées pour les comtes puis les ducs de Savoie.

La lignée savoyarde se prolonge après 1492 par des mariages et des transmissions patrimoniales qui lui apportent notamment Langin, La Chambre, Coudrée et d’autres terres titrées. Elle s’éteint en 1840 avec Joseph-Prosper-Gaétan d’Allinges de Coudrée. Ces développements postérieurs expliquent la continuité du nom et de la fortune familiale, mais l’histoire médiévale des Allinges se caractérise surtout par leur enracinement chablaisien, leur rôle dans les réseaux de Saint-Maurice et leur implantation dans l’espace genevois, valaisan et vaudois.

Auteur/autrice

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