Famille de Bionnens
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Famille de Bionnens
La famille de Bionnens est une lignée de petite noblesse possessionnée dans les territoires correspondant aujourd’hui aux cantons de Vaud et de Fribourg, alors inclus dans l’espace politique du Saint-Empire. Connue à partir du XIVe siècle, elle associe une implantation seigneuriale autour de Bionnens à une présence croissante dans les villes et les institutions du pays de Vaud. Plusieurs de ses membres exercèrent des fonctions à Yverdon, tandis que Pierre de Bionnens joua un rôle notable auprès de Jacques de Savoie, comte de Romont et baron de Vaud.
Origines et implantation seigneuriale
Les premiers représentants associés à cette lignée portent les noms de La Rougève ou de La Rogivue, formes issues du latin de Rubea aqua. Ils possédaient la seigneurie formée par les villages de La Rougève et de La Rogivue. Dans la première moitié du XIIIe siècle, Pierre de La Rougève et ses frères détenaient également l’avouerie de Saint-Saphorin. En 1300, Marguerite de La Rougève et son mari Jacques de Chastel vendirent La Rougève et La Rogivue à Amédée d’Oron.
La documentation conservée fait ensuite apparaître la famille de Bionnens comme seigneur de Bionnens, localité située près de Rue, dans l’actuel canton de Fribourg. Rodolphe de Bionnens et son fils Pierre reçurent en 1362 l’investiture du fief de Bionnens du comte Amédée de Savoie. Cette seigneurie demeura attachée à la famille jusqu’au XVIe siècle. Les éléments disponibles ne permettent toutefois pas de préciser avec certitude le lien généalogique entre les porteurs du nom de La Rougève ou de La Rogivue et les seigneurs de Bionnens.
Une famille entre fiefs et villes
Au XIVe siècle, les Bionnens s’installèrent à Yverdon, où ils prirent part au gouvernement urbain. Richard de Bionnens, attesté de 1394 à 1403 et bourgeois de Romont, exerça la charge de châtelain d’Aubonne pour Rodolphe de Gruyère. Cette fonction illustre l’insertion de certains membres de la famille dans les réseaux administratifs et féodaux de la région.
À Yverdon, Louis de Bionnens fut syndic en 1433. Pierre de Bionnens est mentionné comme conseiller en 1466, tandis que Guillaume de Bionnens occupa la même fonction en 1502. La présence des Bionnens dans l’exécutif municipal témoigne d’une implantation durable dans la cité et d’un statut social supérieur à celui d’une simple famille de propriétaires ruraux.
Les possessions de la famille s’étendaient au-delà de Bionnens. Elle détenait un fief dans la baronnie de Cossonay, obtenu par le mariage de Pierre de Bionnens avec Marie, fille de Pierre de Mont. Les biens concernés se trouvaient notamment à Cossonay, Sullens, Gollion, Grancy, Lussery et Surpierre. Guillaume de Bionnens possédait encore des biens décrits comme considérables dans la baronnie de Cossonay. La famille avait par ailleurs hérité d’une partie des terres de Pierre de Daillens.
Pierre de Bionnens et le service de Jacques de Savoie
Pierre de Bionnens fut le membre le mieux documenté de la famille au troisième quart du XVe siècle. En 1467, Jacques de Savoie le désigna avec cinq autres personnes pour administrer la baronnie de Vaud avant sa prise de possession, en janvier 1468. Dans les années 1470, Pierre demeura conseiller du comte de Romont.
Le conseil auquel il appartenait avait pour fonction de garantir l’authenticité des actes comtaux par la présence de ses membres et de contrôler les actes des châtelains lorsque le comte était absent. Il connaissait également des appels formés contre les décisions de la cour du bailli dans les conflits opposant plusieurs vassaux. Pierre de Bionnens présidait ce conseil lorsque Jacques de Savoie se trouvait absent, sauf lorsqu’un gouverneur particulier de la baronnie assumait cette charge. En 1480, Pierre est encore attesté comme juge d’appel épiscopal.
Établissements religieux, armoiries et extinction
La famille donna aussi au moins un dignitaire ecclésiastique. Rodolphe de Bionnens, fils de Perrod de Bionnens, fut abbé de Hautcrêt de 1389 à 1399 ou 1400. Moine dès 1370 ou 1371, il devint grand cellérier en 1381 puis procureur en 1388. Son abbatiat fut marqué par des difficultés financières et par plusieurs conflits, notamment avec l’abbaye de Montheron et avec Villette au sujet des droits de pâturage des sujets de Hautcrêt dans le Jorat.
Les armes attribuées à la famille se blasonnent « d’argent à l’aigle de sinople », avec la variante « de sinople à l’aigle d’argent ». La coseigneurie de Lutry entra dans le patrimoine familial par le mariage d’Aymonet de Bionnens avec Alexie Mayor de Lutry. À la mort de Guillaume de Bionnens, survenue avant 1546, les trois quarts de sa succession revinrent à la famille Mayor de Lutry et un quart à la famille de Pierrefleur. Guillaume est considéré comme le dernier membre connu de la famille, dont la lignée s’éteignit ainsi au début de l’époque moderne.

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