Famille de Joffrey
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Famille de Joffrey
Origines et établissement à Vevey
La famille de Joffrey est une famille noble vaudoise, issue de Romont, dans le pays de Fribourg, et établie à Vevey vers 1472. Elle apparaît d’abord dans le milieu des marchands et des négociants, avant de s’élever rapidement dans la société urbaine et régionale. Une famille portant un nom proche est attestée à Blonay avant 1454 ; elle est toutefois probablement issue d’une souche distincte.
La graphie du nom est très variable dans les actes : Joffrey, Geoffrey, Deieoffrey, Dejoffrey, de Joffray ou de Joffrey notamment. Le nom est généralement rattaché au prénom germanique Gottfried, interprété comme « paix de Dieu ». Ces variations, fréquentes dans les sources médiévales et modernes, compliquent l’identification des premiers membres de la lignée.
Anoblissement et intégration à la noblesse vaudoise
Jean et Aymon Joffrey, marchands établis à Vevey, auraient été anoblis le 8 février 1498 par Philibert le Bel, duc de Savoie, en récompense de missions diplomatiques. L’acte original ayant disparu, cette information repose sur une copie du XVIIe siècle dont l’authenticité ne peut être établie avec certitude. L’anoblissement marque néanmoins le début d’une transformation sociale durable de la famille.
Dans les premières années du XVIe siècle, les Joffrey se prévalent encore de leur qualité nobiliaire, puis la particule apparaît au début du XVIIe siècle. La tradition familiale attribue à Aymon Joffrey un mariage conclu en 1498 avec une parente du comte de Gruyère ; cette alliance n’est pas suffisamment établie pour être présentée comme un fait certain. Aymon aurait ensuite quitté le commerce pour exercer les fonctions de commandeur et de gouverneur de Vevey au service du duc de Savoie.
L’ascension de la famille tient autant à ses activités économiques qu’à ses alliances et à l’acquisition de biens seigneuriaux. Au XVIe siècle, elle s’intègre progressivement à la noblesse vaudoise. Les alliances conclues avec les familles de Tavel en 1529 et de Blonay en 1550, notamment le double mariage de Jeanne et Benoîte Joffrey avec François et Jean-Michel de Blonay, illustrent cette stratégie d’insertion dans les élites régionales.
Vevey sous la domination bernoise
Lors de la conquête bernoise du pays de Vaud en 1536, les Joffrey s’accommodent du nouveau régime et conservent une place importante dans l’administration de Vevey. Selon la tradition, Aymon Joffrey aurait remis symboliquement les clés de la ville au général bernois Hans Franz Nägeli, afin d’obtenir la soumission de la cité sans son rattachement à Fribourg. Ce récit doit toutefois être distingué des faits directement documentés.
Les membres de la famille occupent ensuite à plusieurs reprises les principales charges municipales. Jean Joffrey est conseiller et commandeur de Vevey, tandis que plusieurs de ses descendants siègent au Petit Conseil. André de Joffrey est banneret de la ville de 1600 à 1612 ; Jacques-François de Joffrey-Saint-Légier exerce à son tour cette fonction de 1707 à 1716. La famille obtient également la bourgeoisie de Berne en 1629 pour Jacques-François de Joffrey et ses deux fils. Une branche issue d’André de Joffrey reçoit cette bourgeoisie en 1662.
La présence des Joffrey dans la magistrature se prolonge surtout après la période médiévale. Dès le XVIIe siècle, ils détiennent durablement les charges de lieutenant baillival et de châtelain de Vevey. Cette continuité confirme l’importance acquise par la famille dans l’oligarchie locale, même si son rôle administratif décline à la fin de l’Ancien Régime.
Branches, domaines et service militaire
Au début du XVIIe siècle, la famille se divise en plusieurs branches, dont les principales sont celles de la Cour au Chantre, de Belletruches et de Colombier, devenue ensuite celle de Perroy puis d’Arnex-sur-Orbe. La Cour au Chantre, demeure veveysanne de la branche aînée, devient plus tard le centre d’un domaine et d’une seigneurie. D’autres possessions, notamment à La Dausaz, Colombier, Dully, Perroy et Vuarrens, renforcent l’assise foncière de la lignée.
Les Joffrey fournissent également des officiers à plusieurs puissances européennes. Dès le XVIe siècle, certains servent dans les armées impériales, piémontaises ou françaises ; d’autres sont engagés en Hollande, en Espagne, à Venise ou au service de Berne. Cette orientation militaire devient particulièrement visible aux XVIIe et XVIIIe siècles, lorsque la famille s’illustre dans le service étranger français.
La branche de la Cour au Chantre donne notamment son nom au régiment suisse de la Cour au Chantre, possédé sous Louis XV par Abraham-Hubert de Joffrey, qui en est colonel propriétaire de 1738 à 1748. Cet épisode appartient à l’histoire postérieure au Moyen Âge, mais il explique la notoriété durable du nom dans la tradition familiale. La lignée masculine s’éteint finalement au XIXe siècle, tandis que les biens et le nom passent par des alliances féminines à d’autres familles vaudoises.

Auteur/autrice
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