Famille de La Tour (barons)
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Famille de La Tour (barons)
La famille de La Tour, également désignée dans les actes sous les formes de Turre, de Türe, von dem Turne, vom Turn ou von Turm, compte parmi les principales lignées baronniales du Valais médiéval. Elle est attestée du XIIe au début du XVe siècle et exerce son influence dans la vallée du Rhône, mais aussi dans le Chablais, le pays de Vaud, l’Oberland bernois et les régions voisines.
Origines et implantation en Valais
Les origines précises de la famille demeurent discutées. Une tradition historiographique ancienne la considérait comme autochtone et faisait dériver son nom de la tour de la Majorie, à Sion. Une autre hypothèse, devenue dominante dans les études généalogiques, rattache les La Tour valaisans aux barons de La Tour du Pin, originaires du Dauphiné. Cette filiation repose notamment sur la récurrence de certains prénoms et sur des rapprochements héraldiques, mais les premiers degrés de la parenté ne sont pas entièrement établis.
La famille apparaît en Valais au milieu du XIIe siècle avec Guillaume de La Tour. Celui-ci exerce la vidomnie d’Ollon et de Vouvry pour l’abbaye de Saint-Maurice, puis devient mayor de Sion pour l’évêque en 1179. La mayorie est alors une charge seigneuriale importante, qui associe des fonctions administratives, judiciaires et militaires. Guillaume reçoit également le fief de Châtillon-le-Bas, appelé Niedergesteln dans la partie germanophone du Valais, et possède de nombreux biens ou droits relevant de l’évêque de Sion, de l’abbé de Saint-Maurice, du comte de Savoie ou de l’Empire.
Son frère Amédée devient évêque de Sion en 1162. En 1179, Guillaume participe avec l’évêque Conon à un accord favorable au développement de la cité épiscopale. Dès cette période, les La Tour apparaissent donc à la fois comme des officiers de l’Église de Sion, des détenteurs de fiefs et des acteurs de la politique princière.
Puissance seigneuriale aux XIIIe et XIVe siècles
Au cours des XIIIe et XIVe siècles, les La Tour comptent parmi les plus puissants seigneurs du Valais. Leurs droits, leurs châteaux et leurs alliances leur permettent d’intervenir sur une grande partie de la vallée du Rhône. Ils participent en 1217 à l’établissement de la première charte de franchises de Sion.
Antoine de La Tour, mort en 1225, accroît le patrimoine familial par ses mariages. De son union avec Clémence de Bex proviennent notamment des droits sur une partie de la seigneurie de Bex, la vidomnie d’Ollon et la coseigneurie d’Ayent-Hérens. Son fils Pierre épouse Agnès, héritière des seigneurs de Châtillon, ce qui explique l’association fréquente du nom familial avec celui de Châtillon. Le second mariage d’Antoine, avec Marguerite de Morestel, semble avoir apporté à la famille des droits sur le vidomnat abbatial de Bagnes.
Pierre IV de La Tour, seigneur de Châtillon et acteur de la politique savoyarde, prend part à l’opposition nobiliaire contre l’évêque de Sion Boniface de Challant. Après la défaite des nobles à Loèche en 1294, il est capturé puis gracié. Son fils Jean Ier devient un important officier princier. Il reçoit le vicariat impérial de Côme, la charge de bailli du Valais, puis le gouvernement de Milan en 1322. Son mariage avec Élisabeth de Waediswil lui apporte des possessions dans l’Oberland bernois, notamment Frutigen, Gasteren et plusieurs châteaux et droits dans les vallées de la Kander, de la Simme et de la Lauterbrunnen.
Le frère de Jean, Aymon de La Tour, est évêque de Sion de 1323 à 1338. Il défend les droits de son Église face aux comtes de Savoie, illustrant la place particulière de la famille, située entre la noblesse féodale, les pouvoirs épiscopaux et les princes territoriaux.
Crise politique et perte des possessions valaisannes
Les tensions s’aggravent après l’élection de Guichard Tavelli au siège de Sion en 1342. Les oppositions entre l’évêque, le chapitre, la cité, les communautés valaisannes et les La Tour débouchent sur une guerre civile. En 1352, Pierre V de La Tour rassemble plusieurs lignages nobles, parmi lesquels les Compey, les Gruyère et les Rarogne, ainsi que des barons de l’Oberland bernois. La même année, une armée savoyarde prend, incendie et pille Sion.
La puissance familiale se réduit ensuite par les ventes et les mises en gage. Pierre V cède progressivement des droits sur Mülenen, Rothenfluh et Mage. Le vidomnat de Bagnes est vendu en 1366 à l’abbaye de Saint-Maurice. Son fils Antoine, chevalier et seigneur de Châtillon, poursuit le conflit avec Guichard Tavelli. Après s’être emparé du château de Granges en 1364, il voit ses terres envahies par l’évêque l’année suivante. En 1367, le château de Châtillon est assiégé.
Le conflit atteint son paroxysme avec l’assassinat de Guichard Tavelli en août 1375, auquel Antoine de La Tour est associé. Vaincus près de Saint-Léonard, Antoine et son frère Jean doivent fuir le Valais. Le comte Amédée VI de Savoie acquiert alors une partie de leurs biens, tandis que le château de Châtillon-le-Bas est détruit en 1384 par les Haut-Valaisans.
Derniers représentants et héritage
Après son expulsion, Antoine tente de reconstituer une puissance territoriale hors du Valais. Il obtient des droits sur Corbières et acquiert les seigneuries d’Arconciel-Illens et d’Attalens. Cependant, lourdement endetté, il vend ses possessions de la vallée de Lauterbrunnen à la prévôté d’Interlaken en 1395, puis Frutigen à Berne en 1400.
Antoine meurt en 1405. Son frère Pierre VI, devenu religieux puis prieur de Lutry, était mort en 1373. La continuité dynastique passe par Jeanne, fille unique d’Antoine, dame d’Irlain, qui épouse Jean de La Baume, comte de Montrevel et seigneur d’Aubonne, de Coppet et de Commungy. Elle lui apporte notamment Arconciel-Illens, Attalens et divers droits en Suisse romande. La lignée baronniale des La Tour s’éteint ainsi au début du XVe siècle comme maison indépendante.
Sceaux et armoiries
Les sceaux connus représentent généralement une tour crénelée, parfois accompagnée d’un avant-mur. Les armes attribuées à la famille sont décrites comme « de gueules à la tour senestrée d’un avant-mur d’or ». D’autres traditions héraldiques donnent toutefois des variantes, notamment une tour de sable sur champ d’or. Les sceaux de plusieurs membres présentent des brisures, comme un lion passant ou une étoile, tandis que le cimier associe une tour à un panache de plumes.

Auteur/autrice
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