Famille Rangoni
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Famille Rangoni
Origines et implantation à Modène
La famille Rangoni est une lignée noble italienne originaire de Modène, étroitement liée à l’histoire politique et militaire de l’Émilie. Son ascension s’inscrit dans le contexte des luttes communales, impériales et pontificales qui marquent l’Italie du Nord à partir du XIIe siècle. Les Rangoni apparaissent alors parmi les familles capables de fournir des podestats, des capitaines et des représentants de la noblesse urbaine.
La tradition généalogique fait de Gherardo Rangoni, chevalier actif au service de Mathilde de Toscane en 1092, l’ancêtre fondateur de la maison. Cette reconstruction est toutefois à considérer avec prudence. Un Gherardo Rangoni, présenté comme un miles venu d’Allemagne, est attesté dans le milieu de Plaisance et de Modène au début du XIIe siècle ; son rattachement précis à la lignée postérieure n’est pas entièrement assuré. Son fils Guillaume aurait servi l’évêque de Modène entre 1130 et 1145 et reçu des droits ou possessions comprenant la forteresse de Chignano.
Les Rangoni dans les conflits communaux
Au milieu du XIIe siècle, un Gherardo Rangoni exerce la charge de podestat de Modène. Favorable à Frédéric Barberousse en 1156 puis en 1167, il se rallie ensuite à l’orientation guelfe prise par la cité. Cette évolution illustre l’adaptation de la famille aux transformations des équilibres politiques locaux : les Rangoni ne se définissent pas seulement par une fidélité impériale ou pontificale, mais par leur capacité à préserver leur influence au sein de la commune modénaise.
Au XIIIe siècle, plusieurs membres de la famille occupent à leur tour des fonctions de podestat ou de capitaine dans des cités guelfes d’Italie du Nord. Gherardo Rangoni, mort en 1240, et son frère Jacopino combattent les partisans des Hohenstaufen et leurs alliés. Gherardo trouve la mort dans les affrontements contre Ezzelino da Romano. Jacopino commande ensuite les troupes florentines guelfes à la bataille de Montaperti, en 1260, où les Florentins sont vaincus par les forces siennoises dirigées par Farinata degli Uberti.
Un autre Gherardo Rangoni est podestat de Milan en 1251. Il abandonne ensuite la vie politique et militaire pour entrer dans l’ordre franciscain. Ces parcours témoignent de la diversité des fonctions exercées par les membres de la maison, entre gouvernement communal, guerre et vie religieuse.
Le service des Este et la seigneurie territoriale
Au XIVe siècle, les Rangoni s’intègrent durablement à la noblesse de l’Émilie et de la Lombardie. Ils se rapprochent notamment de la maison d’Este, dont ils soutiennent les intérêts dans les conflits qui l’opposent au pouvoir pontifical et à d’autres puissances régionales. Alda Rangoni, morte en 1325, épouse Aldobrandino II d’Este, alliance qui renforce les relations entre les deux lignées.
En 1333, Lanfranco Rangoni reçoit la forteresse de Casalcicogna, aujourd’hui Castellarano, tandis qu’Aldobrandino Rangoni obtient Spilamberto. Ces concessions marquent l’importance croissante de la famille dans le contrôle des territoires situés entre Modène et les domaines des Este. À la fin du siècle, Jacopino Rangoni exerce la charge de podestat de Padoue en 1373 puis en 1391. En 1391, Nicolas III d’Este lui confie pour dix ans la régence de Castelnuovo Rangone ; en 1394, il lui attribue également Spilamberto.
Jacopino, marié à Béatrice da Correggio, fille du comte Guido V, agit alors autant comme administrateur territorial que comme chef militaire. Il défend les possessions des Este contre Ottobon Terzi, condottiere au service de Jean Galéas Visconti. La famille passe ainsi progressivement du service communal à la domination de territoires et de forteresses.
Des capitaines de fortune aux condottieres
Au tournant des XIVe et XVe siècles, plusieurs Rangoni adoptent la carrière des armes. Vittore Rangoni et Gherardo Rangoni, fils de Jacopino, figurent parmi les capitaines actifs dans les conflits de l’Italie septentrionale. Gherardo, vassal des Este, se rapproche également des Bentivoglio, seigneurs de Bologne. Son frère Aldobrandino épouse Orsina d’Este, fille naturelle de Nicolas III d’Este, ce qui confirme les liens dynastiques et politiques unissant la maison aux Este.
Guido I Rangoni, autre fils de Jacopino, combat d’abord avec Aldobrandino pour le compte de Bologne, puis sert la république de Venise contre les Visconti de Milan. Fait prisonnier à la bataille de Caravaggio, il est libéré en 1449 et intervient ensuite en faveur de la République ambrosienne. Après la paix de Lodi, en 1454, il reçoit les châteaux de San Cassano et de Cordignano. Borso d’Este reconnaît en outre son autorité sur plusieurs terres du duché de Modène, notamment Castelcrescente, Spilamberto, Castelvetro, Levizzano Rangone et Campiglio.
Cette consolidation territoriale fournit à la famille une base durable à la veille de la Renaissance. Niccolò Maria Rangoni, fils de Guido I, appartient à la génération suivante. Au début du XVIe siècle, Guido II Rangoni et ses frères Ludovico, Francesco et Annibale poursuivent la carrière de capitaines pendant les guerres d’Italie. Ces activités prolongent, au-delà de 1492, une tradition militaire constituée au cours du Moyen Âge.

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