Famille Rucellai
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Famille Rucellai
Origines et ascension à Florence
Les Rucellai, également attestés sous les formes Ruccellai et Oricellari, constituent une famille patricienne de Florence. Leur première mention documentée remonte au XIIIe siècle, avec un certain Alamanno surnommé « l’Oricellario ». Ce surnom est associé à la découverte ou à l’exploitation de l’orseille, colorant rouge violacé obtenu à partir de certains lichens. La tradition rapporte qu’un marchand voyageant aux Baléares aurait observé les propriétés colorantes de ces végétaux ; toutefois, les détails de cet épisode relèvent de la tradition familiale.
La commercialisation de l’oricello, notamment pour la teinture des draps de laine florentins, aurait fourni à la famille une importante source de richesse. Les Rucellai s’imposèrent ainsi progressivement dans la vie économique et politique de la commune. Au XIVe siècle, ils furent intégrés aux milieux dirigeants de Florence et fournirent à la République de nombreux prieurs ainsi que quatorze gonfaloniers de justice.
Les Rucellai dans la vie politique florentine
Giunta Rucellai, prieur en 1304 et gonfalonier de justice en 1308, est le premier membre de la famille à occuper une fonction politique majeure attestée dans la documentation traditionnelle de la lignée. Quelques années plus tard, Berlinghieri, également nommé Bingeri ou Gerighieri Rucellai, commanda les milices florentines engagées contre la révolte des Tolomei à Sienne, en 1318. La tradition familiale rattache à cette intervention l’autorisation d’ajouter un lion rampant aux armes des Rucellai.
Naddo Rucellai, mort en 1343, figure parmi les premières victimes de la répression exercée à Florence sous la domination de Gautier VI de Brienne, duc d’Athènes. Son parent Paolo Rucellai participa ensuite au mouvement qui chassa le duc de la ville et obtint plusieurs fonctions importantes dans l’État florentin. Ces épisodes illustrent l’implication de la famille dans les conflits civiques qui marquèrent Florence au début du XIVe siècle.
Mécénat, architecture et humanisme
La puissance des Rucellai s’exprima aussi par leurs fondations religieuses et leur mécénat. Dès le XIIIe siècle, ils possédaient une chapelle importante dans le transept de la basilique Santa Maria Novella. Celle-ci abrita la grande Vierge à l’Enfant peinte par Duccio di Buoninsegna, connue sous le nom de Madone Rucellai et conservée ultérieurement dans les collections florentines.
Giovanni di Paolo Rucellai (1403-1481) fut l’un des grands protecteurs des arts à Florence dans la seconde moitié du XVe siècle. Il soutint particulièrement Leon Battista Alberti, auquel il commanda le palais Rucellai, le tempietto du Saint-Sépulcre à San Pancrazio et la façade de Santa Maria Novella. Ces réalisations contribuèrent à associer durablement le nom familial à l’architecture de la première Renaissance florentine.
Son fils Bernardo Rucellai (1448-1514), humaniste et mécène, ouvrit les jardins de sa résidence, les Orti Oricellari, à des réunions savantes. Ces rencontres réunirent des écrivains, des érudits et des penseurs, parmi lesquels Nicolas Machiavel. Le mariage de Bernardo avec Nannina de Médicis, sœur aînée de Laurent le Magnifique, rapprocha en outre les Rucellai de la maison de Médicis. Les réunions des Orti Oricellari se prolongèrent au-delà de 1492, avant d’être interrompues dans le contexte des complots dirigés contre les Médicis.
Branches, symboles et continuité
Une branche de la famille s’établit à Lyon au XVe siècle pour des raisons commerciales ; elle est associée au nom Rousselet. Cette implantation témoigne de l’extension des intérêts marchands des Rucellai au-delà de la Toscane. La famille demeura également liée à la culture florentine par plusieurs ecclésiastiques, administrateurs et hommes de lettres.
Les armes et emblèmes attribués aux Rucellai comprennent le lion d’argent, dont l’origine siennoise est traditionnellement rattachée à l’action militaire de Berlinghieri en 1318, ainsi que des motifs formés de plumes ou d’anneaux entrelacés. Leur interprétation demeure discutée : certains y voient des signes liés aux Médicis ou une représentation symbolique des vertus théologales. La voile de Fortuna, souvent employée dans les décors commandés par la famille, évoque pour sa part l’entreprise et la réussite commerciale.

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